
Benjamin Franklin fut non seulement l’un des hommes politiques les plus importants de l’histoire américaine, mais aussi l’un des scientifiques et inventeurs les plus remarquables du XVIIIe siècle. Des solutions pratiques comme le poêle Franklin, le paratonnerre et les lunettes bifocales ont inscrit son nom dans l’histoire des sciences et des techniques. Malgré cela, Franklin choisit de ne pas tirer profit personnellement des brevets de ses inventions. (bensguide.gpo.gov)
La position de Franklin ne peut être perçue comme un simple sacrifice personnel. Sa compréhension du lien entre savoir, société et science fut à la base de cette décision. Selon Franklin, l’humanité a bénéficié des connaissances et des inventions des générations précédentes. Par conséquent, quiconque réalise une nouvelle invention se doit de partager son savoir avec la société. (ushistory.org)
Franklin était conscient de l’avantage économique que le système des brevets pouvait lui offrir. En effet, le gouverneur de Pennsylvanie, George Thomas, lui proposa un brevet pour son poêle, lui accordant des droits de vente exclusifs pour une période limitée. Franklin refusa catégoriquement cette offre. (Archives des Fondateurs)
La principale raison du refus de Franklin de déposer un brevet
Dans son Autobiographie, Franklin explique clairement les raisons de son refus de breveter son invention. Selon lui, si les inventions d’autrui procurent de grands avantages, il est tout aussi important de contribuer au bien commun par ses propres inventions.
Cette idée était liée à sa conception du savoir comme ressource sociale commune. Ainsi, la valeur d’une invention ne se mesurait pas uniquement au gain économique qu’elle procurait à son inventeur. Son impact positif sur la vie quotidienne était plus important. (ushistory.org)
Cette approche révèle également la conception que Franklin se faisait de la science. Pour lui, la science ne se limitait pas à la production de connaissances théoriques. Elle devait apporter des solutions aux problèmes de la vie quotidienne et contribuer au bien-être de la société.
Le poêle Franklin : un refus délibéré de breveter
Le poêle Franklin illustre parfaitement la position de Franklin sur les brevets.
Dans les années 1740, Franklin mit au point un poêle destiné à chauffer les pièces plus efficacement et à réduire la consommation de combustible. Il publia ensuite une brochure détaillant son invention. Impressionné par le succès du poêle, le gouverneur de Pennsylvanie, George Thomas, proposa un brevet à Franklin, mais ce dernier refusa. (Founders Archive)
De plus, Franklin choisit de partager son invention avec le public. Cela permit à d’autres fabricants de développer et de produire le poêle.
Ceci révèle un détail important : en refusant le brevet, Franklin rejetait également la valeur économique de son invention. Autrement dit, il privilégiait le bénéfice de la société dans son ensemble plutôt qu’un gain personnel à court terme.
Un autre fabricant profita de l’invention de Franklin
L’approche de Franklin en matière de brevets aboutit également à un résultat intéressant.
Comme Franklin le raconte dans son Autobiographie, un forgeron londonien s’inspira de son modèle de poêle, y apportant quelques modifications, et obtint un brevet en Angleterre. Franklin savait que cette personne tirait profit de l’invention, mais il n’engagea aucune poursuite judiciaire. (ushistory.org)
Ceci montre que la pensée de Franklin n’était pas purement théorique. Franklin ne souhaitait véritablement pas tirer profit des revenus des brevets sur ses inventions.
Pourquoi Franklin souhaitait-il partager ses connaissances ?
La pensée de Franklin était guidée par les principes de réciprocité et d’utilité publique.
Chacun bénéficiait des connaissances et des technologies développées par ses prédécesseurs. Par exemple, lorsqu’il travaillait sur l’électricité, Franklin s’appuyait sur les expériences et les théories des scientifiques qui l’avaient précédé. Il ne considérait donc pas ses inventions comme une propriété purement personnelle.
Cette approche s’inscrit également dans l’une des caractéristiques importantes de la pensée des Lumières du XVIIIe siècle : la circulation des connaissances était perçue comme une condition essentielle du progrès scientifique.
Paratonnerres et utilité sociale de la science
Les travaux de Franklin sur les paratonnerres témoignent de cette même conception de la science.
À la suite de ses expériences sur l’électricité, il étudia la relation entre la foudre et l’électricité. Il mit ensuite au point un système de protection des bâtiments contre la foudre, utilisant des conducteurs métalliques pointus. L’idée des paratonnerres se développa au fil du temps et commença à être utilisée dans diverses constructions. (Archives des Fondateurs)
Ici, l’objectif principal de Franklin n’était pas seulement de créer une nouvelle technologie. Il s’agissait de transformer les connaissances scientifiques en une solution pratique qui protégerait la vie et les biens des individus.
Franklin était-il opposé au concept moderne de brevet ?
Il serait inexact de généraliser la position de Franklin en disant : « Franklin était contre le système des brevets.»
Une formulation plus juste serait la suivante : Franklin a choisi de ne pas établir de monopole économique privé sur ses inventions par le biais de brevets. En effet, lorsqu’on lui a proposé un brevet pour son poêle, il l’a délibérément refusé. De plus, il n’a en aucun cas empêché légalement d’autres personnes d’obtenir des brevets pour leurs inventions. (ushistory.org)
Par conséquent, il est plus juste de considérer le comportement de Franklin non pas comme une critique systématique du droit moderne de la propriété intellectuelle, mais comme un choix personnel et moral découlant de sa compréhension de la science et de la société.
Pourquoi la décision de Franklin est-elle importante aujourd’hui ?
La décision de Benjamin Franklin de ne pas obtenir de brevet demeure aujourd’hui un exemple remarquable dans les débats sur la propriété du savoir et l’intérêt public.
Le système actuel des brevets vise à encourager l’innovation en accordant aux inventeurs des droits économiques et juridiques pour des périodes déterminées. Franklin, cependant, a choisi une voie différente à son époque. Selon lui, le progrès scientifique et technique ne pouvait être renforcé que par un partage aussi large que possible des connaissances.
En conclusion, le refus de Franklin de déposer des brevets ne signifie pas simplement qu’un inventeur renonce à la possibilité de gagner de l’argent. Cette décision illustre la conviction des Lumières que la connaissance doit servir le bien commun.
De plus, l’approche de Franklin prend aujourd’hui une nouvelle dimension, notamment dans le contexte des débats sur les logiciels libres, la science ouverte et le partage des connaissances. Sa question fondamentale est en réalité très actuelle : la véritable valeur d’une invention réside-t-elle dans l’argent qu’elle rapporte à son inventeur, ou dans son pouvoir de transformer la vie de la société ?
En refusant de breveter ses inventions, Benjamin Franklin affirmait que la connaissance scientifique est une ressource sociale et non une fortune privée. Son refus de breveter son poêle en est l’exemple le plus éloquent. (Founders Archive)
L’approche de Franklin éclaire également son identité d’inventeur. Il ne se contentait pas de créer de nouvelles choses ; il souhaitait que les connaissances qu’il produisait profitent au plus grand nombre. Par conséquent, la décision de Franklin concernant ses brevets représente bien plus qu’un simple détail technique dans l’histoire des sciences.
Références
Franklin, Benjamin. L’Autobiographie de Benjamin Franklin.
Bird, Kai. « Benjamin Franklin et l’invention du monde moderne ».
Institut Franklin. Les inventions de Benjamin Franklin. (Institut Franklin)
Founders Online, Archives nationales. Un compte rendu des cheminées nouvellement inventées en Pennsylvanie. (Archives des fondateurs)
Publications du gouvernement des États-Unis. Benjamin Franklin : scientifique et inventeur. (bensguide.gpo.gov)
Université Cornell. Propriété intellectuelle : Benjamin Franklin et la question des brevets. (ecommons.cornell.edu)